Juste pour rire dénoncé par plusieurs personnalités

Crédit: Juste pour rire/Serge Cloutier

Le jeudi 12 mars 2026, Juste pour rire a annoncé qu’elle assurera la production du prochain spectacle de Julien Lacroix, une décision qui provoque depuis de nombreuses réactions dans le milieu artistique, où colère et indignation se font notamment entendre.

S*CRAMENT. QUE. J’SU, TANNÉE

Pour justifier sa décision, l’entreprise soutient notamment que l’homme en question possède «une signature artistique forte» ainsi qu’«une capacité réelle à connecter avec le public». Juste pour rire invoque aussi «la qualité de son écriture», «la solidité de son matériel» et «la réponse du public à ses récents spectacles» pour expliquer son choix de s’y associer.

L’organisation affirme par ailleurs reconnaître «le chemin qu’il a parcouru au cours des dernières années» ainsi que «l’évolution qui accompagne cette démarche», avant de se dire heureuse de l’accueillir.

Juste pour rire

Une décision qui ne passe pas

Parmi les personnalités qui ont vivement dénoncé l’annonce, l’humoriste Christine Morency s’est rapidement fait entendre en multipliant les publications sur Instagram.

Visiblement choquée par la décision de Juste pour rire, elle n’a pas mâché ses mots dans une première story, où elle écrivait: «………. même pas UNE semaine après le 8 mars. S*CRAMENT. QUE. J’SU, TANNÉE», tout en prenant soin d’identifier directement le président et chef de la direction de Juste pour rire, Sylvain Parent-Bédard.

Une prise de position claire, frontale et sans détour, qui témoigne du malaise profond que cette annonce continue de provoquer chez plusieurs personnalités du milieu artistique.

Une décision qui revient finalement au public

«La gang. Ça brasse. Je suis déçue de mon milieu. Je suis fâchée d’une décision prise par DEUX personnes. Un homme… et une femme. Une décision qui impacte beaucoup de personnes. J’ai besoin de prendre du recul avant de tenir des propos sous l’élan de la colère. La seule chose que je peux dire en ce moment, c’est que c’est vous qui avez le gros bout du bâton. Sans followers, y’a pas de réseaux. Sans public, y’a pas de show. C’est toi qui décides qui tu encourages. Ou pas. (Puis, je vous reviens avec mon opinion sur la réhabilitation. Concept auquel je crois TRÈS fort, mais dans lequel y’a beaucoup de nuances.) Promis, prochaine fois ce sera une story drôle. C’est juste qu’en ce moment, ce qui est juste pour rire ne me fait pas rire pantoute», témoigne-t-elle.

«Maintenant qu’on a BIEN rigolé à des jokes de m*rde: La prof qui pète en zoom. Julien Lacroix qui revient sur scène backé par la bannière de Gilbert Rozon lolololll. C’est quoi LA SUITE?? Des shows TV qui célèbrent Maripier Morin puis Éric Lapointe? Ça serait hilarant!! Let’s go, Juste pour rire! Le gaz au fond», ajoute la personnalité.

Séparer l’homme de l’artiste…?

Cette déclaration publique s’inscrit dans la foulée de celles de plusieurs autres personnalités, notamment la comédienne Alice Morel-Michaud:

«Je suis fâchée, voilà, c’est dit! Le problème quand vous séparez l’homme de l’artiste, c’est que les artistes qui sont des femmes, elles, ne peuvent jamais se séparer de leur condition. (…) Mais l’homme et l’artiste, ça va. Parce que la réhabilitation, c’est plus important que la réparation des victimes. Parce que nous, notre réparation, ça se fait dans l’ombre, dans le silence, dans le temps. Parce que ça ne vous fait pas de profit. Pendant ce temps, nous, les artistes femmes, on est confinées à écrire des lettres ouvertes et des chroniques sanglantes et des pièces de théâtre et des burn-out qui portent vos noms. Nous, les artistes femmes, on ne peut pas avancer. On ne peut pas se séparer. Et on a toutes mal au ventre devant votre acharnement envers la rédemption plutôt qu’envers l’écoute. Votre silence est tellement fort. Combien ça vaut, un témoignage? Combien de billets vendus ça vaut, des années de thérapie? Combien ça vaut, quitter le métier? Choisir de compromettre sa réussite en écartant les collaborations payantes avec certains producteurs? Parce que c’est vrai, l’intégrité a un prix. Le prix de dire non, de peut-être tomber dans l’oubli, de s’associer au «laid» des femmes. Parce que c’est payant d’être un allié quand ça vous coûte pas grand-chose de l’être. Parce que, by the way, on se fait encore violer depuis #metoo. On se fait encore tuer. On se fait encore harceler dans le silence, dans la complicité, dans les jokes, dans nos milieux de travail. Entre-temps, les horreurs ont continué, se sont accumulées. Dans le silence des alliés, dans la contenance qu’on se donne dans les meetings parce que maintenant on a «sorti la poubelle». Jusqu’à ce que. Jusqu’à ce que ça fasse assez d’argent pour que nos dénonciations ne fassent plus le poids. L’artiste que je suis ne sait pas comment exister sans être femme. Et toutes les femmes que je suis crient à l’injustice et à la trahison. Je ne sais pas comment être artiste aujourd’hui. Parce que je sais juste comment être femme. Fait que continuez de nous dire qu’on peut séparer les deux. Moi je sais pas comment.»

Retour sur les allégations

Rappelons que l’humoriste dont il est question dans cet article avait été écarté du milieu artistique et de la sphère publique à la suite d’allégations d’inconduites sexuelles formulées à son endroit à l’été 2020. Neuf femmes avaient alors pris la parole pour le dénoncer publiquement.

Dans ce contexte, la décision de Juste pour rire de miser aujourd’hui sur son retour ne passe pas inaperçue.

Reste maintenant à voir si l’organisation assumera cette décision jusqu’au bout, mais aussi de quelle manière les artistes associés à la bannière choisiront de réagir.