Lou-Pascal Tremblay s’excuse et confie sa culpabilité face au cancer d’Isabelle Brouillette
Dans une entrevue exclusive récemment diffusée par Radio-Canada, Lou-Pascal Tremblay, le comédien chouchou des Québécois, s’est entretenu avec Isabelle Brouillette dans un tête-à-tête empreint de vulnérabilité, d’authenticité et de force. L’actrice s’y confie avec une grande franchise sur l’épreuve qu’elle a traversée: un cancer du nez, une forme rare de la maladie, qui l’a conduite à subir une chirurgie majeure.
C’est pour ça que je voulais commencer en m’excusant aujourd’hui
Dans cet échange entre les deux comédiens, liés par une relation unique puisque Isabelle incarnait la mère du personnage de Lou-Pascal dans STAT, la comédienne se livre avec une grande vulnérabilité sur les leçons tirées de sa convalescence et sur les craintes qu’elle nourrit pour la suite de sa carrière. Un moment d’autant plus émouvant que la mère de Lou-Pascal mène elle aussi un combat contre le cancer.

Un sentiment de culpabilité et des excuses
«J’ai longtemps cherché comment commencer cette entrevue, puis je pense qu’il faut que je me transporte à la dernière fois qu’on s’est vus à Pénélope McQuade. Je terminais une entrevue, puis, sans savoir que tu étais l’autre bord de la porte, Pénélope me préparait à ton arrivée, qui était en fait l’annonce de ton grand retour parmi nous, et elle m’a demandé: Est-ce que tu es au courant de ce qui s’est passé avec Isabelle? Et j’ai été pris d’une vague instantanée de culpabilité parce que oui, évidemment, j’ai été au courant. Dans le milieu, on s’en est énormément parlé, j’ai tellement pris de tes nouvelles au travers de cette année-là, mais quand je pense à toi, oui, je pense à ma mère parce que tu as incarné ma mère (…) mais ça me renvoie à ma propre mère aussi, qui, pendant longtemps, est encore là-dedans aujourd’hui, combat un cancer. J’étais avec elle, puis elle a reçu un texto d’un ancien collègue qui lui disait: Je t’envoie des bonnes énergies, en fait, elle a chuchoté pour elle-même quasiment: Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse de tes bonnes énergies?, parce que, pour elle, ce n’était pas concret, puis à ce moment-là, bien, j’ai fait: Bien, c’est vrai que des fois, ce qu’on envoie comme message, même si ça part du meilleur fond possible, tu n’as aucune idée comment la personne va le recevoir (…) d’où part ma culpabilité et c’est pour ça que je voulais commencer en m’excusant aujourd’hui, c’est que je n’ai jamais pris le temps de te l’écrire, non pas parce que je n’ai pas pensé à toi, mais parce que je n’ai pas su quoi te dire pour essayer de te réconforter. Est-ce que ça fait du bien quand même de recevoir des messages des gens qui t’ont côtoyée», témoigne l’animateur de l’entrevue.

Comment recevoir l’amour des gens
«Ça fait beaucoup de bien parce que, quand on bascule dans une nouvelle réalité, il y a deux façons : il y a s’isoler ou rester relié au monde. Ça m’inquiétait beaucoup d’être rejetée, c’est un peu inconscient, c’est des peurs très profondes (…)», soutient Isabelle.
Isabelle explique qu’elle arrivait malgré tout à voir, à travers les messages reçus, que les gens faisaient ce qu’ils pouvaient. Elle leur répondait d’ailleurs qu’elle accueillait toutes les mains tendues.
«Moi, c’était mon filet, parce que, quand on est malade, il y a tout le monde qui nous supporte, qui nous encourage, qui fait qu’on reste la tête hors de l’eau, mais on souffre seul, ça, on ne s’en sort pas (…)», ajoute-t-elle, soulignant que les gens autour d’elle se sentaient impuissants, alors que tout ce dont elle avait besoin, c’était de leur amour.
Elle explique que, lorsqu’on est malade, on en apprend énormément, autant sur soi-même que sur les autres. L’entourage médical l’avait d’ailleurs préparée au fait que chacun réagirait différemment, puisque la maladie pousse souvent les gens à se projeter. Plusieurs se demandent comment ils réagiraient eux-mêmes dans une telle situation, et cela vient inévitablement teinter leur façon d’agir:
«C’est quelque chose qui s’apprend aussi au fil de la convalescence: comment interagir avec l’aide, avec le support.»

Une énergie qui se rebâtit
Lou-Pascal avoue qu’il a l’impression que, s’il avait été confronté au même cancer qu’elle, il aurait sombré dans une spirale descendante. Il souligne toutefois qu’elle a su, malgré l’épreuve, conserver cette force intérieure et cette fibre qui la caractérisent.
«Quand j’ai eu le diagnostic puis qu’on m’a dit qu’ils allaient enlever mon nez, là, je… j’ai dit: Je ne sais pas comment je vais faire. Et finalement, c’est comme si on s’habituait à tout. À un moment donné, les mois passent puis cette nouvelle réalité s’installe, on apprivoise, on apprivoise, on apprivoise. J’ai reçu beaucoup d’amour et d’acceptation, je pense que ç’a été ça, la clé. Si j’avais eu du rejet, mettons, on entend malheureusement que des conjoints se font laisser quand ils ont de très gros diagnostics, ça n’a pas été mon cas. Si ça avait été mon cas, peut-être que l’histoire aurait été autre (…)», lui répond-elle, comparant cette épreuve à un terrain rocheux où, à un certain moment, de petites fleurs recommencent à pousser. C’est, explique-t-elle, un peu ce qui lui est arrivé: elle revient peu à peu, et son énergie est en train de se rebâtir.

Retour au travail et crainte
Lou-Pascal a alors souligné qu’elle avait repris le travail et qu’elle avait des projets en cours, avant de lui demander si, au fil de l’épreuve, elle avait cru cela possible ou si elle avait fini par faire une croix là-dessus.
Elle affirme qu’elle n’avait pas fait une croix sur la pièce Changer de vie, puisque le projet était déjà en préparation. Ce qu’elle a traversé a d’ailleurs inspiré le metteur en scène, qui développait justement une réflexion autour du visage. Il l’a donc invitée à se joindre à la troupe.
«Mais pour l’avenir, je suis encore très perplexe. Il n’y a personne qui m’a appelée, là, je n’ai pas eu d’offre de tournage, donc là, on va voir. Il y a un petit fond de crainte ou d’espérance, crainte et espérance mélangées, mais c’est un défi pour tout le monde, ma face», confie-t-elle.

Son rapport à la vie aujourd’hui
«Oui, ça change le rapport à la vie, l’expérience rend la vulnérabilité très concrète, on le sait avec notre tête, mais là, je le sais avec mon corps, mais je ne suis pas dans l’inquiétude, je me donne cette douceur (…)», témoigne-t-elle, expliquant qu’elle choisit de se faire le cadeau de la confiance, puisque, pendant ce temps, elle va bien.
Pour la remercier de s’être ouverte à lui, le comédien a conclu l’échange en lisant quelques commentaires de personnes touchées, qui l’aiment et la suivent depuis longtemps, et qui ont pris le temps de lui écrire de petits mots.
Félicitations à Lou-Pascal pour cette entrevue d’une grande sensibilité, menée avec beaucoup de douceur et d’empathie. Nous souhaitons à Isabelle Brouillette de se voir offrir une foule de projets, aussi longtemps qu’elle en aura envie, et tenons à réitérer à quel point elle est inspirante.
