Budget, OTAN et défense : décryptage de l’engagement à 5 % du PIB et de son impact attendu (63 G$ d’ici 2035)

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Contexte — Le directeur parlementaire du budget (DPB) a publié début février une analyse chiffrée des conséquences budgétaires du plan annoncé par le premier ministre Mark Carney : porter les dépenses de défense à l’équivalent de 5 % du PIB d’ici 2035. Selon ce rapport, cet effort se traduirait par un creusement du déficit fédéral d’environ 63 milliards de dollars canadiens d’ici 2035 (soit ~1,4 point de pourcentage du PIB).

Analyse budgétaire défense

Le DPB, dirigé par Jason Jacques, souligne que l’augmentation des dépenses militaires — pour atteindre la cible de 5 % — représenterait en moyenne près de 33,5 milliards de dollars supplémentaires par an sur la période d’ajustement. Dès l’exercice 2026-2027, le surcroît de dépenses pourrait accroître le déficit budgétaire annuel d’environ 3 milliards (≈0,1 point de PIB), puis s’amplifier progressivement pour atteindre le chiffre cumulé précité.

Dépenses militaires supplémentaires

Pourquoi 5 % du PIB ? Cette cible provient d’un objectif fixé au sein de l’OTAN, poussé par la pression de certains alliés. L’idée est d’augmenter substantiellement les capacités nationales, mais les modalités varient : le plan annoncé par Ottawa se structure en deux volets.

  • 3,5 % du PIB destinés aux capacités militaires « de base » : modernisation des équipements, plateformes, munitions, systèmes numériques et R&D.
  • 1,5 % du PIB pour des projets d’infrastructures plus larges : aéroports, ports, réseaux de télécoms et logistique nécessaires au soutien des forces.

Objectif 5% du PIB défense

Incidence sur la dette et le ratio dette/PIB — Le DPB anticipe que l’impact sur le ratio dette fédérale/PIB augmenterait modestement au départ (≈0,1 point en 2026-2027), puis pourrait atteindre plusieurs points d’écart : la prévision fait état d’une hausse pouvant aller jusqu’à 6,3 points en 2035-2036 si le financement repose principalement sur l’emprunt plutôt que sur des ajustements budgétaires ailleurs.

Les risques et les questions ouvertes :

  • Le gouvernement n’a pas produit de documents détaillés chiffrant comment seront répartis précisément les 33,5 G$ annuels supplémentaires : timing, phasage des achats, contrats industriels, coûts d’exploitation à long terme restent flous.
  • L’absence, à ce jour, d’une stratégie industrielle de défense publiée (promesse non tenue pour Noël 2025) limite la visibilité sur la création d’emplois, la chaîne d’approvisionnement nationale et la possible captation de retombées économiques domestiques.
  • Augmenter massivement les dépenses militaires pose un dilemme : faut-il prioriser l’équipement opérationnel immédiat ou des investissements structurants (infrastructures, cyber, formation) qui payent sur le long terme ?

Capacités militaires et infrastructures

Options de financement et arbitrages — Plusieurs trajectoires sont possibles pour limiter l’impact sur le déficit :

  • Réaffectation de dépenses existantes : difficile politiquement et socialement si cela touche à la santé, l’éducation ou les transferts provinciaux.
  • Augmentation des recettes fiscales : hausse d’impôts ou fermeture de niches fiscales, qui suppose un arbitrage politique et économique.
  • Phasage plus progressif : étaler les augmentations sur une période plus longue pour lisser l’effet budgétaire.
  • Partenariats public-privé et industrialisation locale : pourraient réduire les coûts à long terme si la stratégie industrielle est bien pensée et exécutée.

Enjeux politiques — Le dossier est doublement sensible : il touche à la sécurité nationale mais aussi aux finances publiques. Pour le gouvernement Carney, tenir l’objectif de l’OTAN renforce l’ancrage international, mais il faut convaincre l’opinion publique que l’effort est soutenable et qu’il apportera des bénéfices tangibles au pays.

Stratégie industrielle attendue

Conclusion — Ce qu’il faut surveiller :

  • La publication attendue de la stratégie industrielle de défense : elle doit détailler la chaîne d’acquisition, les retombées économiques et le calendrier des dépenses.
  • Les documents budgétaires futurs : vérifier comment Ottawa prévoit de financer l’effort (impôts, emprunts, coupes) et l’impact sur le ratio dette/PIB.
  • La mise en oeuvre opérationnelle : contrats, capacité de production nationale, et coûts d’exploitation récurrents.

En somme, l’engagement à consacrer 5 % du PIB à la défense est une décision lourde de conséquences. Les chiffres publiés par le DPB offrent une première estimation claire : un supplément d’environ 63 milliards de déficit cumulé d’ici 2035 et des coûts annuels substantiels. Le débat public à venir portera sur la manière de financer cet effort, sur la priorité entre capacités immédiates et investissements structurels, et sur la promesse d’une stratégie industrielle crédible et transparente.