Le Canada futur membre de l’Union européenne?

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Le premier ministre canadien Mark Carney a participé au sommet de la Communauté politique européenne (CPE) en Arménie de samedi à lundi. Une visite qui ravive pour certains l’idée que le pays nord-américain pourrait intensifier sa coopération avec l’Union européenne (UE) en rejoignant cette dernière. 

Le Canada est le premier pays non-européen à participer à cette réunion. Créée à la suite de l’invasion russe en Ukraine en 2022, elle est consacrée à la coopération stratégique dans les domaines de la politique, de la sécurité et des infrastructures. 

Au cours des derniers mois, l’idée que le Canada puisse devenir un membre de l’UE circule dans les médias. Elle a aussi été évoquée par des politiciens européens, parfois à la blague. Mais est-ce que ces commentaires pourraient contenir une part de sérieux?

«C’est le moment d’élargir l’Union européenne (UE). Bientôt, l’Islande et peut-être le Canada», avait lancé le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, lors d’une conférence à Berlin en mars dernier. Son homologue allemand, Johann Wadephul, avait alors rétorqué, lors du même événement, être «ouvert au Canada», sous les rires et les applaudissements de la foule.

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À cela s’ajoute le commentaire du président finlandais Alexander Stubb lors de sa visite à Ottawa en avril. «Je considère le Canada comme un membre honoraire de l’UE», avait affirmé le chef d’État. 

Pourquoi inviter un pays d’outre-Atlantique au CPE?

«Le Canada partage largement la même vision que l’Europe en matière de géopolitique et de sécurité», a répondu une haute fonctionnaire de l’UE à Bruxelles, selon Radio-Canada. Selon la fonctionnaire, l’invitation a été motivée en partie par le discours à Davos de Mark Carney. 

Louis Hanmann, ancien directeur des communications du ministre des Affaires étrangères, abondait en ce sens dimanche aux ondes de LCN, ajoutant que, «pour Mark Carney, c’est clair que ça s’inscrit dans sa démarche qu’il a entamée dès le début de son mandat l’an dernier, dans ce rapprochement stratégique avec les Européens».

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Le Canada songe-t-il à faire une demande d’adhésion formelle?

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, rejette l’idée d’emblée: «Ce n’est pas l’objectif. Notre méthode, c’est de diversifier notre économie et d’utiliser notre diplomatie pour faire avancer la protection et la sécurité de notre pays», a-t-elle déclaré devant des journalistes mercredi.

«Liés par une histoire partagée et des valeurs communes, le Canada et les pays européens sont des partenaires naturels. En renforçant notre collaboration, nous pouvons créer davantage de stabilité, de sécurité et de prospérité pour tous», a soutenu le cabinet du premier ministre par communiqué lundi.

Depuis son arrivée à la tête du pays, le premier ministre a visité 11 pays européens et a aussi contribué à resserrer les liens avec l’UE, notamment avec la signature du Partenariat de sécurité et de défense. Ottawa multiplie aussi les accords dans les secteurs de l’énergie, des minéraux critiques et du numérique, rapporte Radio-Canada.

À cela s’ajoute l’Accord économique et commercial global Canada-Union européenne (AECG). Signée en 2016 et entrée en vigueur en 2017, cette entente supprime 99% des droits de douane entre les deux entités. Or, elle s’applique de manière provisoire, puisqu’une dizaine de pays de l’UE ne l’ont toujours pas ratifié. 

Face au désengagement des États-Unis en Ukraine et à la guerre au Moyen-Orient, il semble que l’Europe soit désormais à la recherche de partenaires fiables.À cela se greffent les hausses des tarifs douaniers décidés par le président américain Donald Trump. Rien que vendredi dernier, ce dernier a déclaré qu’il porterait à 25% les droits de douane appliqués aux voitures et camions en provenance de l’Union européenne cette semaine.

Que faut-il pour être membre de l’UE?

Outre le fait d’être un pays européen, il faut respecter les règles de l’UE – comme leurs normes en matière d’agriculture, d’environnement ou de travail – en plus d’obtenir le consentement de ses vingt-sept États membres, qui doivent donner leur accord à l’unanimité. Dans certains cas, cette approbation passe également par la population, notamment par référendum. 

Encore aujourd’hui, certains pays sont en attente pour accéder à l’UE, dont l’Ukraine, la Turquie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et la Géorgie. 

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